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Parler de l'infertilité

Alors on est prêts, on arrête de se protéger, et on croit que le mois suivant on aura la plus belle des nouvelles à annoncer! Mais les mois passent et repassent, et toujours rien! Pendant ce temps, les gens autour de nous annoncent des grossesses, on est invités à des showers, on voit des bébés naître à profusion. Pire encore, les gens nous demandent «Et puis, vous c’est pour quand?»

Alors on finit par paniquer et se ruer chez le médecin pour tenter de comprendre ce qui se passe…ou ne se passe pas. Et un jour, souvent après beaucoup de tests et de temps, le verdict tombe : on est infertiles! Quoi? Pourquoi nous? Que doit-on faire? Il y a des solutions? Go go go! On devient prêts à tout! Quand on a de la chance, certains traitements hormonaux ou interventions mineures suffiront à donner le petit coup de pouce qui apportera le +++ tant attendu, mais dans plusieurs cas, les couples devront consulter en clinique de fertilité. Le choc! Quel stigmate d'être étiquetés infertiles...

Certains couples parleront ouvertement de leur diagnostic d’infertilité. D’autres choisiront de garder ça pour eux, pour différentes raisons allant de la pudeur à la peur du jugement. Alors voici des pistes de réflexion pour tenter de comprendre un peu mieux la réalité d'un couple infertile :

  • Tout d’abord, évitez les phrases du genre «Comme on vous comprend! Ça pris 4 mois pour le premier et on commençait à paniquer!» Si vous avez eu des enfants de façon naturelle après moins d’un an d’essais, vous n’en savez rien de ce que les couples infertiles vivent! Être parent, ça commence bien avant la grossesse. Ça débute avec le désir d'enfant. On idéalise la manière dont bébé va être conçu, on imagine une grossesse parfaite sans symptôme, un bel accouchement, un beau bébé plein de vie au bout de 9 mois. Quand on doit subir des traitements de fertilité tels que l’insémination artificielle ou la fécondation in vitro, on enchaîne les deuils : deuil du bébé couette, deuil du bébé qui arrive au moment jugé idéal, deuil de ne plus rien contrôler de cet univers médical dans lequel on est plongés malgré nous, et parfois même le deuil de l'enfant biologique pour un des conjoints, etc. Et pour certains, ça ira jusqu'au deuil de la parentalité...
  • Évitez de plaindre le couple infertile, ils n’ont pas besoin de pitié, c’est assez difficile comme ça. Donc les phrases du genre «Ça fait 2 ans que vous êtes en clinique et toujours pas de bébé? C’est dont bien long! Pauvre vous! Vous êtes courageux, moi j'aurais pas la patience!» sont à proscrire. Oui c’est long, bien plus long que vous ne pouvez l'imaginer! L’attente pour rencontrer les spécialistes, l’attente pour passer des tests, l’attente pour avoir les résultats des tests, l’attente pour revoir les spécialistes, l’attente pour débuter un traitement, un deuxième traitement, un troisième traitement, etc. Et il n’est aucunement question de courage, mais de détermination face à une situation qu'on a pas choisi. Les couples infertiles qui ne veulent pas faire le deuil de la parentalité avant d’avoir tout essayé n’ont pas le choix de traverser toutes ces épreuves, ils gardent leur but en tête et foncent...un jour à la fois.
  • Les couples infertiles ont besoin d’écoute, de gens qui n’éviteront pas le sujet par malaise. La plupart d’entre eux ont besoin d’en parler, de ne pas sentir qu’on les fuit. Ils ne veulent pas être mis de côté parce qu'ils n'ont pas d'enfant, même si ça fini par devenir difficile de côtoyer ces petites bêtes qui gazouillent et courent partout.
  • Ils ont aussi besoin de support, d’accompagnement pendant le processus. Il y a souvent plusieurs rendez-vous rapprochés, plusieurs heures de route pour obtenir des services spécialisés, sans compter les effets secondaires physiques et psychologiques des traitements hormonaux (vive les montagnes russes d'émotions!) ou les convalescences suite à certaines interventions chirurgicales. Alors les couples ont besoin d’aide dans la gestion du quotidien pendant les périodes plus actives.

En somme, démontrer de la sensibilité face à l'infertilité et donner votre soutien à la cause demeure le meilleur moyen d'aider ceux qui subissent cette maladie. Oui, l'infertilité est une maladie!

Si vous vivez l'infertilité, si vous subissez ou êtes sur le point de subir des traitements en clinique de fertilité, si vous vous sentez perdus dans cette spirale, sachez qu'il est possible d'obtenir du soutien. Vous n'êtes pas seuls! Nos thérapeutes (psychologues ou psychothérapeutes) peuvent vous accompagner dans votre démarche, vous conseiller et vous aider à prendre les meilleures décisions pour vous. 

Parce que vouloir être parent, c'est déjà l'être un peu... 

Lien utile : Association des couples infertiles du Québec (ACIQ) - www.aciq.ca

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