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La plupart des parents qui attendent un enfant ou qui cajolent un nouveau-né sont au comble du bonheur. Mais qu'en est-il quand ce bonheur tourne au cauchemar? Personne n'est à l'abri d'une fausse couche, d'une mort subite in-utéro, d'un accouchement difficile, ou d'une maladie/anomalie incurable...alors parlons-en[1]!

Personne n'est préparé au deuil périnatal, personne ne veut y penser, et on comprend pourquoi! Il s'agit d'une des pires formes de deuil, car il s'agit de voir mourir son bébé ou son enfant à naître, et ce n'est pas dans l'ordre des choses. Existe-il quelque chose de plus triste que la mort d'un enfant, de SON enfant qui avait toute la vie devant lui? Essayons donc de nous mettre à la place des parents qui doivent traverser cette difficile épreuve. 

Le choc, le déni

Tout deuil se vit en plusieurs étapes, plus ou moins longues et pouvant se chevaucher. Tout d'abord, il y a le choc, le déni. Les parents ne croient pas ce qui arrive, ils peuvent subir un choc nerveux, ce qui se passe dans leur tête n'est pas rationnel. Les mécanismes de survie humains les amènent à faire du clivage, à fuir la réalité. Ils peuvent sembler absents, déconnectés. Ils peuvent avoir envie de bercer et de parler à leur bébé inerte, continuer de lui donner à boire, changer sa couche, etc. Ils peuvent continuer de préparer la chambre, d'acheter des vêtements, de parler à un bedon devenu vide de vie. Ils font comme si de rien n'était. Et c'est normal. La réalité est trop difficile à encaisser, ils ont besoin de temps. Il ne faut pas les brusquer, on doit plutôt les laisser gérer leur choc de la manière qu'ils le souhaitent, tout en étant présent pour les aider à gérer le quotidien. 

La douleur et la culpabilité

Ensuite, il y a la douleur et la culpabilité. Les parents réalisent que ce qui arrive est bien réel. Ils sont pris de remords, se demandent ce qu'ils auraient pu faire pour éviter ça, pourquoi ça leur arrive à eux?  Est-ce que la maman a été imprudente durant la grossesse? A mangé quelque chose qu'il ne fallait pas?  Est-ce que leurs génétiques sont mauvaises ou incompatibles? Est-ce qu'ils auraient dû faire examiner leur enfant plus tôt? C'est une étape de grande fragilité durant laquelle ils auront besoin de beaucoup d'écoute, de soutien. Certaines personnes chercheront à apaiser leur douleur par l'alcool, les drogues ou les médicaments. Soyez à l'affût.

La colère

Après la culpabilité, vient la colère. Les parents n'acceptent pas que ça leur arrive à eux, se sentent victimes d'une terrible injustice, cherchent un coupable sur lequel se défouler. Ils en veulent à l'enfant disparu de leur faire vivre ça, ils en veulent à la vie, à la médecine, bref à tout le monde. À cette étape, les parents pourront être méchants, dire des choses blessantes qui dépassent leurs pensées à ceux qui les entourent. Ne vous en faites pas, ils ne sont pas dans leur état normal. Ne prenez rien au pied de la lettre et faites preuve de beaucoup d'empathie. Ils souffrent et essaient d'extérioriser une partie de leur douleur.

Le marchandage

À l'étape du marchandage, les parents essaient de reprendre un rythme de vie normal. Ils vont tenter de reprendre leurs activités, de retourner au travail, bref de s'étourdir pour arrêter de penser et de souffrir. Ils sont encore dans le déni, car ils ne sont pas aptes à faire comme s'il ne s'était rien passé, ils sont encore très fragiles. Soutenez-les dans la reprise progressive de leurs activités, aidez-les à respecter leurs limites.

La dépression et de la douleur

L'étape de la dépression et de la douleur peut être très longue. Les parents ne sont pas capables de passer par dessus les étapes précédentes, s'enfoncent dans l'isolement. La vie a repris son cours et ils comprennent que la personne disparue ne reviendra jamais. Chaque événement de la vie, comme les anniversaires ou Noël rappellent la perte. Certains devront prendre des anti-dépresseurs ou entreprendre une thérapie. Pour l'entourage, la poussière retombe, et parfois le soutien aux personnes endeuillées commence à s'effriter. Mais il ne faut pas lâcher, ils ont encore besoin de vous, peut-être même encore plus qu'au moment de l'événement tragique. N'évitez pas de parler de l'enfant décédé, car en parlant de lui, vous continuerez de le faire vivre. Aucun parent ne souhaite que son enfant soit oublié.

L'acceptation et la reconstruction

Quand les parents vivent l'étape de l'acceptation et de la reconstruction, ils sont capables de se rattacher aux beaux souvenirs et souhaitent poser des gestes symboliques en hommage à l'enfant disparu. Participez avec eux! Des albums photos sous forme de scrapbook pourront être confectionnés, les parents pourront organiser une fête le jour de l'anniversaire de l'enfant disparu, ils pourront se regrouper avec d'autres parents endeuillés, etc. Ils pourront porter un bijoux ayant appartenu à l'enfant, se faire tatouer. Parfois, le deuil va servir de propulseur pour se dépasser, car la personne disparue et l'idée de son omniprésence vont donner du courage et de l'ambition, que ce soit dans le sport, la carrière, les loisirs, etc. 

Quoi qu'il en soit, le deuil d'un enfant est infini, il y aura toujours des hauts et des bas. Faire revivre l'enfant par différents moyens et différentes occasions est un bon moyen d'apprendre à vivre avec cette immense perte.

Référence : http://www.parentsorphelins.org/

le 15 octobre est la journée québécoise de sensibilisation au deuil périnatal. Plusieurs cérémonies des anges ont lieux partout au Québec pour rendre hommage aux anges disparus.  


[1]   Ce texte ne se veut pas la vérité absolue. Il existe plusieurs versions des étapes du deuil, le nombre d'étapes et l'ordre peuvent varier. Le but est simplement d'aider à mieux comprendre de quelle façon se vit le deuil.

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